Visions de Lourdes

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Description critique du pèlerinage (le commerce des objets, l’exploitation de la dévotion) dominée par des soucis formels de montage.

1932, 35 mm., noir et blanc, muet, 18′.

 

Avec « Visions de Lourdes », suscité à I’initiative de la JOC, Charles Dekeukeleire poursuit dans la voie du document poétique.
Le réalisateur ne s’est pas attaché à mettre le spectateur en présence du mystère des miracles comme le fera plus tard Georges Rouquier (1), et pas davantage, en dépit de ce que pourrait faire croire le titre qui joue habilement sur la polysémie du mot, il n’a cherché à s’interroger sur le phénomène des apparitions. De Lourdes, il a rapporté des images qui valent la plupart par leur beauté formelle mais qui n’en constituent pas moins autant d’approches révélatrices des foules, des individus et des représenta- tions propres à un haut lieu de la piété religieuse et populaire.
Plans rapprochés et gros plans surprennent la ferveur des pèlerins, sculptent des attitudes et des visages travaillés par une même imploration – comme ils découvrent, par des images saccadées dues à des effets spéciaux, les <stocks> de chapelets, de vierges de plâtre et de grottes en miniature mis en vente (même à des prix démarqués) dans diverses échoppes.
Se fondant sur cette dénonciation, on a parfois voulu voir dans ce document – tantôt pour s’en scandaliser, tantôt pour s’en réjouir – un film ((contre) Lourdes et non « sur » Lourdes. Ce serait s’hypnotiser sur une séquence particulière que le prétendre. Et si, promises en leur temps à la polémique, les images peu complaisantes contenues dans ce court métrage ont pu témoigner d’une certaine audace – ou d’un certain courage -, il n’est plus personne aujourd’hui pour méconnaître I’existence d’une forme de mercantilisme accrochée aux grands sanctuaires comme à tout endroit de vaste rassemblement sans pour autant mettre nécessairement en cause la signification radicale d’un lieu. Ainsi de <Visions de Lourdes> : l’évocation de ce commerce ne fait que s’insérer à sa place dans un ensemble qu’elle ne détermine que partiellement.
En vérité, il est clair que ce qui a fondamentalement dirigé le réalisateur est le souci d’imposer moins une idée qu’une sorte de substance privilégiée et, pour tout dire, une <vision>> plastique. A côté des plans intimes auxquels on a fait précédemment allusion, proches des êtres et de leur ferveur comme ils le sont aussi de I’eau bouillonnante du gave de Pau, de la voûte féerique de la grotte, de la communion distribuée aux malades, du ciboire qui s’élève ainsi qu’une oraison, et du leitmotiv des pèlerins buvant I’eau sacrée, il y a les larges plans dans lesquels s’inscrivent les foules fiévreuses, les brancards et les infirmes (saisis en plongée perpendiculaire) et surtout la nuit qu’illuminent la cathédrale, la statue de la Vierge et ces milliers de points brillants qui sont autant de flambeaux (autant de visages).
Dans ces dernières images, ce qui apparaît n’est plus que la transcription ou le reflet de ce qui est – c’est la dissolution du physique dans le religieux, de la matière dans I’art.

 

Jacques Polet “Charles Dekeukeleire: parcours analytique d’une oeuvre”