Maisons de la misère (Les)

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Un documentaire fiction qui s’ouvre et se ferme par un chœur et une chanson qui ont l’impact émotionnel et révolté des Damnés de la terre ou de l’Opéra de quat’ sous. Borinage avait laissé Henri Storck bouleversé par l’injustice et la misère sociale, aussi la possibilité de faire un autre film pamphlet lui étant offerte, a-t-il entrepris une enquête approfondie sur le quart monde et les taudis et repris sa caméra de cinéaste militant.

Dans un lotissement de favela wallonne il a mis en scène des personnages et des situations exemplaires: la promiscuité des familles nombreuses, les femmes qui meurent en couche, la hantise des huissiers, les usuriers et les propriétaires rapaces et sans cœur, les expulsions, les enfants sans enfance, le chômage, l’inceste et les traînées, la tuberculose, l’impossibilité d’apprendre, la solidarité entre voisins aussi. Tous les plans travaillent sur l’intensité, le plein du cadre ce qui donne au sens premier du terme une impression d’irrespirable, de piège, d’enfermement. On peut citer: la pièce minuscule où toute une famille dort dans un entassement qui ne permet pas de mettre un pied par terre sans enjamber un corps ou déplacer une bassine, le cimetière des enfants, les défilés de visages, le portrait de famille sous une corde à linge où pend une ribambelle de chaussettes trouées, le vol de la trottinette, les gamines de six ans transformées en petite maman du dernier-né. Et face à ce trop-plein de malheur, le vide des regards, l’absence d’affect. La survie occupe tout le champ. Mais le message d’espoir est là, avec la destruction des taudis (les masures sont abattues comme on se débarrasse d’un tyran) et la construction de cités-jardins entourées d’arbres en fleurs et d’avenir qui chante, laisse penser que la dignité de l’homme est sauvée.

 

Réalisation : Henri Storck

Assistant : Fernand Piette

Scénario : Fernand Piette, Henri Storck

Camera : Eli Lotar, John Ferno

Montage : Henri Storck

Musique : Maurice Jaubert

Chansons : Charles Dorat, interpretées par Agnès Capri

Jazz orchestra of the INR, sous la direction de Stan Brenders

Production : CEP

Directeur de production : R.G. Le Vaux

Dassonville Laboratory. Gevaert film.

Acteurs : Mesdames: Beauffre, Brenda, Marion Chevolet, Gazeau, Jihem, Massin, Peltier, Taleur, Odette Lhost, Marie Delcourt. Messieux: Gazeau, Marcel Josz, Keppens, Lambert, Louard, Massin, Omer Van de Gaer, Edgard Willy

 

Carton: “Le but de ce film est de représenter la plaie des taudis dans son atroce vérité. Toutes les scènes sont inspirées de faits authentiques et ont été tournées dans leur cadre réel.”

 

Commande : Société nationale des habitations à bon marché.

 

Version néerlandaise intitulée Het huis der ellende

 

35mm/N & B/30 minutes/1937

 

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«Avant tout le film devait posséder un caractère dminutesenquête, de reportage irréfutable et saisissant. On pouvait donc se contenter dminutesen faire un documentaire pur. Mais, dminutesune part le désir dminuteséviter lminutesintervention dminutesun speaker, de lminutesautre, de faire parler les habitants des taudis et de les faire vivre devant les spectateurs quelques-uns des épisodes tout à fait banals de leur vie quotidienne, nous ont conduit à créer une série de scènes réunies entre elles par un lien anecdotique très lâche mais également par un lien de reportage logique et précis. La formule du film est donc de dérouler sur lminutesécran un reportage authentique et construit et, par le truchement dminutesune série de scènes jouées, donner à certains moments du film un aspect et une forme dramatiques. Je crois quminutesil est possible et même fécond de mêler ainsi étroitement le documentaire au drame et que, dans cette formule encore mal définie, il y a des possibilités dminutesavenir.»

 

Henri Storck, interviewé par Christiane Delpierre.

 

Storck a apporté à la création de ce film tant dminuteshumanité profonde, un sens si aigu de la justice sociale, une connaissance tellement approfondie de son sujet, une si large mesure de qualités artistiques et techniques, des dons à la fois dminutesintelligence, dminutesémotion et dminutesintuition si riches, que lminuteseffet sur le spectateur est dminutesune force convaincante absolue: il lui sera impossible désormais, de supporter encore, sans malaise, lminutesidée quminutesau sein du système social auquel il sminutesintègre, existe ce fléau dont on sait maintenant combien il est inhumain, abject et meurtrier: le taudis.

Luc Haesaerts, Le barbelé, 29 février 1940.

 

Plus de la moitié de ces trois bobines constitue la peinture la plus violente, la plus dévastatrice de lminuteshorreur des taudis que jminutes ai jamais vue réaliser au cinéma. Rien dans les films américains sur des sujets voisins ne peut se comparer à lminutesintelligence, à la sensibilité à la générosité que lminutesauteur de ce film a su apporter à sa tâche.

Paul Strand, The American filmmaker, 1939

 

Etant donné le sujet, le film a été romancé. Il a été joué par septante acteurs et figurants. il a été choisi par le Museum of Modern Art de New comme un des meilleurs documentaires de la production mondiale et a obtenu en Belgique la plus haute distinction, le Grand prix du Roi en 1937.

Communiqué de presse de la CEP