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Films abstraits dessinés sur péllicule

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Je voulais mettre sur pellicule des formes simples, des exercices montrant le rapport rythme/mouvement, des valeurs musicales visuelles.

Il reste du film quatre grandes feuilles roulées comme des manuscrits anciens, mangées par des coulées de cire et retrouvées dans le hasard et le bazar d’archives pléthoriques. Jean Queval dans son livre Henri Storck ou la traversée du cinéma en a publié des photographies. Ce sont des notes prises au verso de vastes feuilles qu’Henri Storck, propriétaire gestionnaire d’un magasin de chaussures, avait mises au point pour gérer les stocks.
 

Commentaire d’Henri Storck :

Je voulais aller au fond du cinéma. Interroger le côté intrinsèque du cinéma. Il faudrait créer un institut pour faire ces recherches.

Eisenstein s’en préoccupait et a été très loin et bien d’autres avec lui ont fait des recherches d’expérimentation fondamentale. J’étais impressionné par les recherches de Hans Richter, de Viking Eggeling et de Walter Ruttmann.

Quant à la disparition du film, une hypothèse. Il existait à Bruxelles au premier étage d’une maison à Saint-Josse un laboratoire hollandais auquel Henri Storck confiait ses films avec, comme demande de développement, un bain au borax de 9 minutes. Vu le caractère explosif de la pellicule et le danger de manipulation, il y avait trop d’incendies et les services communaux ont demandé des travaux de sécurité et en particulier des portes en fer etc. Vu leur coût, le laboratoire décida de fermer ses portes. Henri Storck proposa de le racheter pour 45.000 francs. Il s’agissait d’importantes cuves en plomb où l’on plongeait le film sur de grands châssis, ensuite venait le bain de lavage puis le fixateur. Labisse avait loué, rue Longue à Ostende, un immense local qui était un ancien dancing pour installer sa galerie et il proposa à Henri un espace où il pouvait implanter son laboratoire. Ainsi _ut fait, Saint-Josse déménagea au bord de la mer et fut créé le laboratoire Lumina qui s’illustra rapidement par quelques innovations techniques. Une tireuse italienne qui travaillait avec six lumières fut perfectionnée jusqu’à en fournir vingt. La notoriété fut rapide et Idylle à la plage put être tourné sur panchromatic Kodak qui, vu sa sensibilité, éliminait les filtres, pellicule qui avait permis à Flaherty de filmer Moana. Il n’en demeure pas moins que le laborantin qui travaillait là, a dû faire une fausse manœuvre dans le bain de fixateur où furent trempés les films abstraits et lorsqu’on ouvrit la boîte en 1940, il ne restait plus que bouillie et poussière. Demeurent ces notes de travail et de réflexion d’un jeune homme qui, à Ostende, réinventait le cinéma ou, plus exactement, lui posait les questions qui agitaient toute l’avant-garde à Paris, Berlin, Moscou.

 

Négatif tombé en poussière

35mm/1930

 

Film détruit : Toutes les précisions de cette notice, puisqu’ils ne peuvent pas s’appuyer sur le film lui-même, ont été racontés par Henri Storck qui a fouillé dans ses documents et sa mémoire le 9 juillet 1994.